L'ultime migration d'Adalbert...

Depuis le 8 juillet 2002, les pics flamboyants paraissent un peu ternes, les jaseurs semblent moins bavards, et le chant des huards est plus lugubre que jamais. Dans la baie de Bon-Désir, quelques bernaches attardées semblent traîner de l'aile ; les merles bleus se font rares, tandis que les corneilles en famille croassent à fendre l'âme en survolant la Cantine Line à la brunante.

Depuis le 8 juillet 2002, la nature est en deuil d'un ami. L'oiseau-moqueur de Bergeronnes, Adalbert Bouchard s'est envolé pour son ultime migration.

Et maintenant, qui viendra dresser et redresser nos « cabanes-à-oiseaux » ? Qui viendra dresser et redresser notre « parlé » et celui de nos enfants ? Qui viendra nous chanter l'âme des oiseaux pour nous réabonner au « Huard », le périodique des ornithologues nord-côtiers ?

Avait-il le droit, ce naturologue à la verve joyeuse, de nous abandonner sans crier gare, à notre ignorance de rampants et à nos fautes de grammaire ? Avait-il le droit, cet oiseaulogue de malheur, de nous planter là, derrière notre téléscope avec un tas de questions et plus personne pour y répondre ? Quel expert aussi patient osera venir faire de la suppléance pour remplacer cet oiseau rare d'Adalbert ? Parce qu'il était aussi rare que savant, aussi modeste qu'important, aussi caustique que flatteur, aussi présent que discret, aussi sévère que charmeur... ce pédagogue de la nature, ce troubadour de la faune et de la flore.

Lui qui, tôt le printemps et tard l'automne scrutait le ciel pour nous annoncer l'arrivée précoce ou le départ tardif des oiseaux de passage... avait oublié de nous prévenir qu'un jour, hors saison, il s'envolerait lui aussi pour de bon. Comme Jonathan Livingston le Goéland à qui son maître avait dit : « Un jour, tu sera prêt à prendre ton vol pour aller là-haut, connaître le véritable sens de la Bonté et de l'Amour. »